Il était une fois,
une marionnette...

Compagnie STELLA ROSSA

Compagnie STELLA ROSSA

Mon manifeste

 

Tout, dans la marionnette, me ramène aux premiers chocs de ma vie, à tous ces moments qui m’ont laissée bouche bée, si pleins de pourquoi. Et tant que ces interrogations resteront  sans réponse, le lien avec l’enfance ne sera pas rompu.

 

Oui. Garder une âme d’enfant c’est sentir que l’onde des chocs premiers perdure et que tous les pourquoi qui nous ont tant étonnés sont toujours là, sans réponse. Et nous n’en voulons pas. Surtout pas de réponse.

 

Pas d’art sans interrogations. Pas d’art dans les certitudes. L’art est un monde à part, le monde du rêve, un monde qui, tout en se déployant en nous, peut parfaitement vivre sans nous.

 

La marionnette me renvoie à l’enfant-adulte, accroupie, seule, avec ma poupée. Je l’ai aimée, je lui ai donné le sein, je l’ai malmenée sans avoir à attendre de devenir adulte. Enfant, j’ai enfanté sans que personne ne le sache. Oui, j’étais adulte. Je suis sûre que les mêmes interrogations qui me travaillent, je les avais face à ma poupée : ne sachant pas de quoi était fait mon corps peut-être était-il fait comme le sien ? Et si oui, pourquoi vivait-elle uniquement quand je la manipulais et pourquoi restait-elle là, prostrée, quand je l’abandonnais ?

 

J’ai vu un film dans lequel une guenon ne se résignait pas à la mort de son petit. Elle le manipulait, lui donnait le sein, comme s’il était en vie. Le secouait, le réchauffait. Lui n’était plus qu’une chose, ne trompait son monde que si sa mère le triturait. Sitôt lâché : plus rien. Sur la gueule de sa mère, une seule expression sans erreur possible : l’étonnement, l’étonnement.

 

Pas d’art qui soit plus lié à cette confrontation (directe et athée) avec la mort que celui de la marionnette. Elle ne bouge plus. Si on la fait rire, son visage, lui, ne bouge plus. Si on la fait pleurer, parler, siffler, dormir, à peine on s’arrête, essoufflé, elle ne bouge plus.

Il y a quelque chose qui nous échappe.

 

Oui : pas d’art plus éloigné de toute tentation mystique que celui de la marionnette. On doit très prosaïquement, très vulgairement gainer une marionnette pour qu’elle vive. Enfin… pour qu’elle donne le change, comme on se vêt de la dépouille d’un loup pour tromper son monde. Le premier faux pas fera tomber la peau.

 

Voilà tout ce que j’aime dans la marionnette : on fait semblant, on rêve, on joue à avec un être et le moindre faux pas fera tomber la peau ! Alors, ça résiste autour de nous : elle nous a menti ! En fait, son petit singe est mort ! Elle faisait semblant ! On peut passer du dieu ressuscitant au pauvre type qui croit convaincre alors que tout le monde s’éloigne en bavardant, parce que plus personne n’est dupe.

 

C’est, au fond, contrairement à ce qu’on pourrait croire, un art sans illusion.

 

D’où toute sa mélancolie ! C’est un art où on passe son temps à crier : attends ! Cette fois-ci, ça y est ! Il vit ! Il n’est plus mort… écoute-le, il te parle. Mais, tout en parlant, notre voix baisse, on a encore échoué. C’est une pauvre chose. C’est cet écart entre rêve et réalité, toujours main dans la main, qui lui donne cette mélancolie.

 

On fait semblant ! On doit jouer, vite ! La vie passe sans autre ! Ouvrons vite l’armoire et jouons. A quoi ? A tout ce qu’on n’a pas compris.

 

Il y a tant de mélancolie, dans la marionnette ! Tant d’enfance déjà adulte, tant de pourquoi…

 

Et on s’étonne qu’elle plaise toujours ?

   

 

 

 

 

Costanza Solari-Vincensini

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